1986 - QUAND J'ALLAIS AU "PERE TRANQUILLE"

 


Garçon s’il vous plaît, un café !

 

Je suis monté pour prendre un verre,

Dans la salle qui est un premier

Chez celui qu’on appelle Le Père,

Un nom tranquille pour un café.

 

Mais l’écriteau est assez clair,

La salle au premier est « privée »,

Je reste là me donnant l’air

D’un habitué bien élevé.

 

Bonjour Monsieur, on me salue,

Le Maître d’Hôtel accouru,

Mais alors je suis bien voulu

Dans ce lieu privé, qui l’eut cru ?

 

Ce Maître a tout l’air d’un corbeau,

Avec un bec de perroquet,

Tout habillé pour faire plus beau,

Portant lunettes et bien froqué.

 

Il me demande, ouvrant son bec,

Si je désire m’installer,

Ici c’est à la gueule du mec

Et la mienne doit bien aller.

 

Nous avons dû faire du vide,

M’explique l’oiseau ennuyé,

Trop de camés trop d’acide,

Les toilettes sont au premier.

 

Il prend la commande et revient,

Vous m’avez bien dit, un café ?

Oui, c’est cela ! Qu’est-ce qu’ils sont bien !

Cet endroit me va tout à fait.

 

Je regarde à droite et à gauche,

Il y a une drôle de faune ici.

Cloches de droite ou bien de gauche,

On fête Pâques ces temps-ci.

 

Devant moi je vois un Indien,

Je pense qu’il doit être Iroquois,

Et c’est ainsi qu’il se croit bien

Sans comprendre ni savoir pourquoi.

 

Crânes rasés ou bariolés,

Oreilles ferrées avec l’air niais,

Devant moi c’est le défilé,

Les toilettes sont au premier.

 

Mon voisin dans son pantalon,

Parle avec des mots bien propres,

Pose un regard qui en dit long,

De vanité et d’amour propre.

 

Ma voisine a un petit chien

Qu’elle regarde avec ses grands yeux,

Evitant de croiser les miens,

Incognito c’est tellement mieux…

 

Et moi j’admire ce petit chien.

Point de sucre pour l’œil qui luit,

Même s’il fait des pieds des mains

Pour qu’on s’occupe un peu de lui.

 

Œil de chien qui me regarde,

Gueule ouverte qui voudrait parler,

Comme tu es beau Dieu te garde,

Aux hommes un jour de ressembler.

 

Pendant ce temps-là les guignols,

Evitent bien soigneusement,

D’échanger une seule parole

Qui soit du cœur tout simplement.

 

Vient par-là que je t’éblouisse

De mon vernis superbement,

Voici mon look, voici ma cuisse,

Derrière ce masque où je me mens.

  

Et si l’espace d’un moment,

Au lieu de jouer aux indiens,

On jouait au chien, simplement ?

On serait un peu plus humains.

 

Paris, 30/03/1986

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